Pacific Ocean Blue Dennis Wilson

Dennis Wilson – Pacific Ocean Blue (1977)

Dennis Wilson Pacific Ocean Blue

Dennis Wilson était le bon bougre des Beach Boys, au coeur gros comme ça, le beau gosse un peu rustre aux goûts basiques : le surf, les nanas et le rock’n’roll. C’était lui qui, pendant les concerts, faisait craquer les midinettes par ses mimiques – lui qu’on avait embauché de justesse sur le conseil de la mère des frères Wilson pour prendre la place de batteur. Peu à peu, il s’essaie néanmoins au chant et fait de la concurrence à Mike Love. Comme compositeur de chansons, il ne se découvrira que très tard la fibre compositeur avec deux morceaux sur Sunflower dont le sublime « Forever ». C’est une élégie amoureuse, remplie d’une vulnérabilité pleine de fêlures. Tout le bonhomme est là-dedans, déjà. Notons qu’il a sorti deux singles en 1970, deux chansons à la Beach Boys, plutôt de bonne facture. Enfin, il serait à l’origine du très fameux tube de Joe Cocker « You’re So Beautiful ». Après une longue pause, Dennis Wilson s’entoure de Carl Wilson et Gregg Jakobson pour mettre en forme et approfondir les bouts de mélodies et chansons qu’il a en tête.

Pour cet album, inutile de le dissimuler : les premières écoutes sont les plus intenses. Il est de ces albums dont l’éclat, d’abord intense, diminue assez vite par la suite. Ainsi, l’épaisseur du son a tendance à disparaître au fil des écoutes. L’étonnement soudain provoqué par la simplicité mélodique des chansons s’évapore pour laisser place à un jugement un peu plus réaliste. Mais la personnalité de Dennis Wilson, très attachante et sincère, est bien ce que le disque recèle de meilleur – de plus beau.

A côté des ballades purement contemplatives se trouvent des morceaux de surf-rock légèrement boogie enfantés par un Dennis Wilson ayant retrouvé de son mordant, rendant une sorte d’hommage au rock’n’roll à la Beach Boys. Quel homme on peut entrevoir dans ces morceaux ! Une poésie se dégage de ce disque, une sorte de poésie de l’homme simple, du demi-sauvage solitaire qui reste à notre avis sans pareille dans la musique populaire mondiale. C’est un homme tantôt joyeux quand le rock’n’roll est là, tantôt vaporeusement triste, comme annihilé dans sa puissance par l’humidité saline des côtes californiennes. Parfois, la chanson (« Thoughts Of You ») plonge comme dans un abime, rehaussé par un synthétiseur emphatique. Souvent, les chansons ont ce groove américain grivois et halluciné (« Dreamer », l’intermède de « Time »). Son bon coeur réapparait sur des chansons où l’espoir se mêle aux plaisirs simples de la vie (« You And I »).

Rêvant, l’auditeur se met à faire des rapprochements inédits entre la musique et cet océan Pacifique fantasmé. La production quasi spectorienne permet de se figurer le flux et reflux de l’océan sur la plage sombre, son éclairage lunaire quand la nuit vient et que les vagues se font tristes et intenses. Mais aussi le plaisir de pouvoir glisser sur ces vagues terribles que permet le surf, comme on sait, véritable culture en Californie que Dennis pratiquait intensément (il s’agissait d’ailleurs du seul vrai surfeur du groupe).

On sent aussi dans ce disque la vie des années 70’s, un peu l’ambiance qu’on retrouve dans certains films ou séries de l’époque. Dennis Wilson livre quelque chose de vraiment magnifique, plein de grands sentiments et d’une générosité aussi énorme qu’une belle oblique vague s’écroulant sur le sable.

Dennis Wilson ne survivra pas à cet océan terrible dont il a su ici rapporter comme un fragment, un fragment pop. Il s’y noiera en 1983, sans vraiment s’en rendre compte car en plein état d’ivresse. L’homme était un écorché vif, un homme sensible. Sa mort n’est pas dénuée d’un beau tragique.

Il avait enregistré d’autres chansons pour un album intitulé Bambu (chansons que l’on retrouve dans le second CD de l’édition Deluxe du présent album). Elles sont gravées dans le même sillon que Pacific Ocean Blue, à savoir : mélodies simples et sincères d’un Américain contemplatif des Côtes Ouest des Etats-Unis.

Rétrospectivement, cet album a donc une saveur de véritable testament musical, plus précisément, le testament d’un bon vivant. Dans le fond, il n’y a aucun calcul sur ce disque, et très peu d’artifices… Seulement l’image d’un homme, un homme sincère et vrai qui a réalisé là quelque chose de grand.

  1. Ravi de voir une critique sur un cet album méconnu !

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